Tamis de tamisage à sec avec du kief de CBD retenu sur la maille
Par Stéphanie, le 08/07/2025

Tailles de microns : ce que le chiffre dit vraiment d'une résine CBD

Un vendeur qui vous annonce « 73 microns » ne vous dit pas la qualité de sa résine. Il vous dit la taille d'un trou.

Le nombre inscrit sur un tamis désigne ce qui passe à travers, pas ce qui reste dessus. C'est toute la différence — et elle explique pourquoi ce chiffre est devenu l'argument le plus répandu du marché du hash CBD, et le plus vide de sens dès qu'on le sort de son contexte.

Nous tamisons entre 70 et 153 microns depuis 2020, entre le Rif marocain et la Suisse. Voici ce que ces chiffres veulent réellement dire, ce qu'ils changent au goût et au prix, et pourquoi chez nous rien ne se jette.

Jeu de tamis de 70 à 153 microns utilisés pour le tamisage à sec du hash CBD

Choisir son tamis, c'est choisir son filet

La maille se choisit en fonction du poisson qu'on a devant soi, pas d'un idéal théorique.
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1. Un micron, c'est quoi exactement

Un micron, ou micromètre, vaut un millième de millimètre. Trois points de comparaison :

  • un cheveu humain mesure environ 70 microns de diamètre ;
  • un grain de sable fin, autour de 200 microns ;
  • l'œil nu cesse de distinguer un détail isolé vers 50 microns.

Quand on tamise à 90 microns, on travaille à une échelle où l'œil ne suit plus. C'est ce qui rend le discours commercial si facile ici : personne ne peut vérifier à vue.

Ce qui nous intéresse à cette échelle, ce sont les têtes de trichomes. Leur diamètre n'est pas fixe : il varie selon la variété, la maturité et les conditions de culture.

2. Le chiffre désigne le trou, pas ce qui reste dessus

Le nombre inscrit sur un tamis désigne la taille de ses ouvertures.

  1. Un tamis à 120 microns a des mailles de 120 microns de côté.
  2. Tout ce qui fait moins de 120 le traverse : petites glandes, poussière, fragments.
  3. Tout ce qui fait plus de 120 reste dessus : feuilles, morceaux de fleur, tiges.

Ce qu'on récupère sous un tamis de 120 n'est donc pas « du 120 ». C'est tout ce qui fait moins de 120 — poussière végétale comprise.

3. Pourquoi une fraction s'écrit toujours avec deux nombres

Une résine correctement décrite n'a pas un chiffre, mais deux. Elle est passée à travers un tamis, puis retenue par un plus fin.

Une fraction 90-120 a traversé le 120 et s'est arrêtée sur le 90 : le gros éliminé par le haut, la poussière par le bas. Ce qui reste au milieu, ce sont les têtes de la bonne taille.

Face à un vendeur : quand un seul nombre est annoncé, soit il simplifie, soit il n'a jamais tamisé quoi que ce soit.

4. Les trois facteurs que le chiffre ne capture pas

La température

Le froid rend la glande cassante et facilite sa séparation. Trop froid, elle se brise ; trop chaud, elle colle et s'écrase sur la maille.

L'humidité de la matière première

C'est le facteur le plus sous-estimé. Trop humide, elle ne traverse rien. Trop sèche, elle se pulvérise et contamine toutes les fractions.

La durée d'agitation

Les premières minutes font tomber les glandes les plus mûres : c'est la partie noble. Plus on prolonge, plus on arrache de végétal. Savoir s'arrêter vaut mieux que savoir insister.

Ces réglages sont détaillés dans notre guide pour tamiser soi-même.

5. Ce que contient réellement chaque fraction

Le principe vaut pour le tamisage à sec comme pour le bubble hash — seul le moyen d'agitation change. Voir les cinq méthodes d'extraction.

Fraction Ce qu'on y trouve Aspect
Au-dessus de 153 µ Matière végétale, quelques très grosses têtes Vert, poudreux
120 – 153 µ Les têtes les plus grosses, quelques débris Blond terne, sableux
90 – 120 µ Le cœur de récolte sur beaucoup de génétiques Blond doré, brillant
70 – 90 µ Têtes plus petites, tri très propre Blond clair, fond fin
Sous 70 µ Petites têtes, glandes jeunes, queues de trichomes Poudre claire, dense

Plus fin ne veut pas dire meilleur. Un tamisage très serré donne un produit visuellement impeccable qui peut décevoir en bouche. Une tête brisée a perdu une partie de ses terpènes avant d'arriver dans le bac.

Plus gros ne veut pas dire mauvais. Une 120-153 issue d'une plante à grosses glandes surpasse une fraction fine tirée d'une matière médiocre. La qualité de départ prime toujours sur la finesse du tri.

6. Sous 70 microns, ce n'est pas du déchet

On lit partout que tout ce qui passe sous la fraction commerciale serait du rebut. C'est faux. On y trouve trois choses bien vivantes :

  • des glandes de petite taille, plus fines que la moyenne du lot ;
  • des trichomes jeunes, qui n'avaient pas fini leur développement ;
  • des queues de trichomes — la tige qui portait la tête, et qui n'est pas inerte.

La concentration y est plus faible et le profil différent, plus végétal. Ce n'est pas la même chose que d'être sans valeur. Pour comprendre pourquoi ces fragments comptent, il faut regarder comment la plante construit ces glandes : tout ne mûrit pas au même rythme sur un même plant.

Chez nous, rien ne part à la poubelle.

À l'échelle industrielle

Ces fractions sont valorisées par extraction au solvant, en laboratoire, avec un équipement de purge adapté. Ce n'est pas une opération à tenter chez soi : les solvants employés sont volatils et inflammables.

À la maison

La voie traditionnelle est l'infusion dans un corps gras, le beurre de Marrakech, dont la version au CBD suit le même principe. Les cannabinoïdes et les terpènes sont liposolubles : une matière trop pauvre pour être pressée reste exploitable une fois infusée.

7. Ce que le chiffre ne dira jamais

Un micron est une mesure mécanique. Il ne dit rien sur :

  • la qualité de la matière première — un tamis fin ne rattrape pas une fleur moisie ;
  • la fraîcheur — une résine mal conservée perd son nez quelle que soit sa fraction ;
  • la présence d'ajouts — ce nombre n'est vérifié par personne ;
  • le pressage — trop chaud, il dégrade en minutes ce que le tamisage a mis des heures à isoler.

Il sonne technique, il rassure, et il n'engage à rien. Les autres signaux d'un produit douteux sont dans notre article sur les fausses résines.

Quatre questions à poser à un vendeur

  1. Quel intervalle, pas quel chiffre ? Une réponse sérieuse comporte deux nombres.
  2. Tamisage à sec ou à l'eau ? Ni la même texture, ni le même rendement.
  3. Quelle variété, et pourquoi cette fraction sur celle-là ?
  4. Que devient le reste de la récolte ?

Les deux dernières sont les plus discriminantes. Elles ne s'improvisent pas.

Questions fréquentes

Un hash 73 microns est-il meilleur qu'un 120 ?

Non. Deux fractions différentes, pas deux niveaux de qualité.

Que signifie « full melt » ?

Une résine dont les têtes sont restées assez intactes pour fondre entièrement sans laisser de résidu. Un indicateur de propreté du tamisage, indépendant du micron annoncé.

Que deviennent les fractions les plus fines ?

Elles ne sont pas jetées. Extraction au solvant en industrie, infusion dans un corps gras à la maison. Voir ce que coûte réellement une résine honnête.

Peut-on vérifier soi-même le micron annoncé ?

Pas à l'œil nu. Mais un microscope de poche à 60× suffit à voir si les têtes sont entières ou brisées — souvent plus parlant que le chiffre.

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